Marketing digital

Comment un musicien peut-il cibler son public ?

Deuxième partie de notre dossier « L’artiste doit-il agir comme un entrepreneur ?« , l’un des enjeux de l’économie musicale que nous avons choisi d’expliquer.

Tous les publicitaires et communicants le savent : avant la conception et le lancement de toute campagne, il leur faut définir le public visé, sans quoi tous leurs efforts seraient vains. Cette règle s’applique également pour les artistes ou un dirigeant de label. La plupart des musiciens ont une idée plus ou moins précise du public qui est le leur, ces fans venus les voir en concert, achetant ou téléchargeant leurs singles, EPs et albums, ou les suivant sur les réseaux sociaux. Mais pour les amateurs sans base de fans précise et quantifiée, déterminer qui sont les publics susceptibles d’aimer leur musique et a fortiori les atteindre est complexe.

Définition du genre musical

Il faut à chaque artiste débutant prendre le soin de se poser les questions suivantes « Qui suis-je ? Quel est mon genre musical ? ». En marketing, cette phase est la définition du produit. Dans ce cas précis, le « produit » est l’artiste et ses productions. L’exercice est rapide : il s’agit de définir en un ou deux paragraphes le genre musical et l’univers artistique (regroupant compositions, paroles, visuels), qui doivent être en accord avec la voix et l’image publique du musicien.

Il s’agit ensuite de considérer la concurrence. Qui sont, dans le même genre musical, les autres artistes, quels sont leurs points forts et faibles ? SoundCloud et iTunes sont par exemple de bonnes plateformes pour non seulement découvrir les producteurs aux univers similaires, mais aussi déterminer sa popularité et l’efficacité de sa communication.

Dans le cas où l’artiste peinerait à classer ses productions dans un seul style musical, il lui faudra décrire sa musique, ou demander à ses amis, proches et fans de la décrire. Inutile de définir sa musique comme house si en réalité le style est plus proche du garage. Quelles sont par exemple les catégories et sous-genres dans lesquels ils classeraient leur musique ? Est-elle différente des productions passées et présentes, et si oui en quoi ? Quel genre de personnes écoutent leur musique, sur les réseaux sociaux ou dans les événements auxquels ils prennent part ? Leurs âges et comportements sont bien entendu les premiers critères d’analyse. Ces éléments permettent ensuite de déterminer quel sont le style, l’image de l’artiste, le message musical, les changements à apporter, et quels sont les publics à atteindre, et comment. Si des contradictions apparaissent, peut-être que les publics n’ont pas été bien définis, ou que le public souhaité ne correspond pas à celui qui pourrait écouter ou écoute déjà les productions proposées.

Toucher un public cible

Pour cibler et comprendre le public défini, il faut écouter ses références et comprendre ses habitudes musicales. Aller aux concerts, voir leurs diffusion ou rediffusion, écouter la radio, se laisser guider par les découvertes sélectionnées par les services de streaming… Allumer la télévision de temps en temps -même s’il est plus hype et mystérieux de prétendre qu’on ne la regarde jamais- et voir quels sont les derniers titres pop plébiscités par le public de masse. Il est si facile pour un artiste de se complaire dans un seul style musical, mais les influences extérieures et effets de mode doivent parfois rentrer dans le processus créatif.

Vient ensuite, pour le bon communicant qu’est devenu le musicien-entrepreneur, le moment d’étendre son réseau d’influence. D’aller à des conventions, des conférences, des événements réunissant des acteurs de l’industrie musicale, des producteurs de films, de jeux vidéos, de publicitaires, de compositeurs. Et de demander des retours constructifs sur sa musique. Soit directement en contactant (sur SoundCloud, Amazon, Rhapsody…) les producteurs qui réussissent à diffuser une musique similaire, soit en envoyant des supports physiques après sollicitation à des blogs musiques, des magazines, des labels, soit en passant par des plateformes comme Fluence, qui connectent les influenceurs et les artistes amateurs en quête de critique.

Sur ces mêmes plateformes, il est également possible de savoir, en fonction du genre musical des artistes aux productions les plus semblables, quel type de public l’artiste pourra toucher (et donc devra cibler). En visant les consommateurs d’un certain type de musique susceptibles d’aimer également des nouveautés, l’artiste-producteur pourra mettre en place une campagne de diffusion plus ou moins inspirées par celles mises en place par ses « concurrents ». Le public est-il composé à majorité d’hommes, de femmes, d’adolescents ? Sont-ils mariés, célibataires, quelle éducation musicale ont-ils ? Découvrent-ils des nouveautés musicales via la radio ou les plateformes de streaming ? Ont-ils une préférence pour les artistes locaux, régionaux ou internationaux ? Toutes ces interrogations amènent à la définition fine d’un public qu’il s’agit enfin de séduire à la façon d’un publicitaire.

Les visuels et les mots choisis ont évidemment une importance déterminante, et doivent être adaptés comme tout contenu, de manière dynamique en fonction des changements observés dans le style musical et l’évolution de la base de fans et du public. Toutes ces étapes sont évidemment longues, ne comprennent pas les longs cours de chants et de solfège, les heures de composition et de répétition, de danse et de diction. A l’heure de l’instantanéité, patience et longueur de temps seront pourtant les meilleurs alliés des musiciens qui sauront se révéler entrepreneurs.

Source : Romy Roynard